Yannick NORCA
Psychothérapie à Paris 11
Yannick NORCA, psychothérapie à Paris 11

LA VIOLENCE ÉDUCATIVE ORDINAIRE

22 février 2017, une proposition de loi pour modifier l'article 371-1 du code civil et interdire « les punitions corporelles ou châtiments corporels, les souffrances morales ou toute autre forme d’humiliation envers son enfant » a été déposée.

Qu’est-ce qu’éduquer ?

L’ensemble de nos valeurs, nos idéaux, nos attentes, nos peurs, l’éducation que nous avons reçue, ont des représentations qui vont influencer ce que nous proposerons à nos enfants. Nous arrivons avec notre expérience de vie sans toujours tenir compte de la personnalité propre de l'enfant. Éduquer un enfant serait peut-être l'aider à devenir un être libre et unique, à se développer, à prendre sa place dans notre monde.

Cette éducation devant être nourrie par notre regard sur notre passé et adapté à l'enfant dont nous avons la responsabilité.

Nous devons nous poser la question de ce que nous voulons transmettre aux adultes de demain.

La violence éducative ordinaire, que pouvons y mettre ?

  • Les violences physiques : fessées, gifles, oreille tirée, pincements, cheveux tirés, …
  • Les violences verbales : cris, hurlements, …
  • Les violences psychologiques : chantage, menace, moqueries, dénigrement, humiliation, culpabilisation, retrait d'amour, menace d'abandon, isolement …
  • Les négligences et privation : privation de nourriture, de soins, d’affection, absence de communication

Les adultes mettent en place des mécanismes de VEO dès lors qu'ils se sentent supérieur à l’enfant, qu’ils se sentent en situation d’impuissance ou qu’ils éprouvent le besoin d’exprimer leur autorité afin de soumettre autrui.

Ces mécanismes sont encrés dans la société et se répètent depuis des millénaires. Les adultes exerçant un pouvoir sur les enfants qu'ils considèrent comme légitime.

Les châtiments corporels (coups, enfermements,) sont en tête des recommandations non verbales transmises de coup d’adultes à corps d’enfants. La situation d’autorité légitimise la situation aux yeux de l’enfant. Il pourra alors rationaliser le fait que ses actes sont à l'origine des châtiments subits mais que ces châtiments l’ont aidé à « devenir quelqu'un ». Devenu adulte, l’enfant pourra alors mettre en place des mécanismes de reproduction des situations vécues.

Que se passe-t-il pour l’enfant ?

Cette violence neutralise les possibilités d’éveil chez l’enfant, le prive de sa liberté d’expression, inhibe peut-être à tout jamais, la possibilité pour cet être de laisser éclore sa personnalité. Il grandit dans la crainte, la peur, l’insécurité face à ses contemporains.  Cet enfant humilié, bafoué deviendra un adulte fragilisé.

Les adultes qui en résultent

Certains des enfants ayant grandit dans cet état de violence développent de grandes capacités de résilience. Ils dépensent une grande énergie pour enfouir ces blessures du passé.  Il arrive pourtant que ces traumatismes fassent surface, au détour de situations qui peuvent sembler anodines (un mot, une phrase, une expre5sur un visage). D'autres anciens enfants peuvent se montrer fatalistes avec un sentiment d’impuissance présent mais inconscient. Quoiqu'il en soit, l'adulte se retrouve projeté dans un moment de son enfance ou il était dans l’incapacité de se protéger et/ou d'agir. Il a alors la possibilité de pendre conscience que les adultes auxquels il faisait confiance l'on maltraité, humilié se sont servi de lui. Oui ils l'ont maltraité. Est-ce que cet adulte est forcé de ressentir cela ? Non le déni existe et il peut continuer à faire semblant d'ignorer cette maltraitance, qui est comme le monstre de ses cauchemars qui attend qu'il soit dans un moment de moindre vigilance (grand stress, surplus de travail, tristesse, …) ou qu’il soit encore une fois maltraité.

Comment peut se manifester toute cette souffrance enfouie :

  • L’alcoolisation à des moments fixes de la journée pourrait correspondre au moment où il était victime de cette violence
  • Des crises de panique
  • Des douches à répétition
  • Des conduites à risque
  • La déconnexion des émotions, comme si une anesthésie avait été pratiqué

Au quotidien :

  • Ne pas oser se montrer, s'effacer,
  • Ne pas oser même dans le travail,
  • Les difficultés à s’engager
  • Les difficultés à faire confiance ou trop faire confiance
  • Se sentir incapable …

Il ne s'agit pas ici de faire un diagnostic. Si cette lecture vous fais vous interroger, si la manifestation de ces signes devient envahissante, vous avez la possibilité de contacter un thérapeute qui saura vous aider à analyser les raisons de ce ressenti.

Quelques chiffres pour la France :

  • 22,4% des adultes ont subi des violences physiques dans l’enfance.
  • 36,3% ont subi des violences psychologiques et 16,3% des négligences graves.
  • 87 % des parents français admettent exercer des violences physiques sur leurs enfants.
  • 99% des parents français ont recours à des menaces verbales et/ou psychologiques.
  • 18% des filles et 7% des garçons ont subi des violences sexuelles.
  • 125 000 viols par an sont exercés sur des jeunes filles mineures, 30 000 viols sur des garçons. Les violences sexuelles sont celles qui ont le plus d’impact sur la santé et les principales victimes des violences sexuelles sont les mineurs.
  • Le risque de subir des violences est multiplié par 4 pour les enfants en situation de handicap.
  • Le plus souvent, les violences infligées aux enfants le sont par des personnes de l’entourage proche.
  • Au bout de 50 ans, le facteur déterminant de la santé (mentale et physique) d’un enfant qui a subi des violences et qui n’a pas été pris en charge est le cumul des différentes formes de violence. Un enfant victime de différentes sortes de violence a 20 ans d’espérance de vie en moins. 
  • Le facteur de risque le plus important pour subir des violences à l’âge adulte est d’en avoir subi dans l’enfance. Le facteur de risque le plus important pour commettre des violences à l’âge adulte est d’en avoir subi dans l’enfance.
  • 83% des victimes de violences aggravées affirment n’avoir été ni reconnues ni protégées. Pourtant, à partir du moment où il y a prise en charge et soins, on évite la majeure partie des conséquences de ces violences.

Source : OMS 2016

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